Notre cerveau est un drogué

« C’est ma drogue », dit-on souvent pour désigner des dépendances aussi variées que la cigarette, le travail, la sexualité, les relations sociales… Propos quotidiens, proverbes, pensées de philosophes renvoient ainsi à l’intuition d’une toxicomanie sans drogue que reprend à son compte le concept moderne et scientifique d’addiction. La neurobiologie la plus récente va même jusqu’à démontrer que c’est de manière addictive que fonctionne notre cerveau dans ses mécanismes les plus fins et les plus intimes, source de ces dépendances que sont les addictions de la vie quotidienne.

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir. » Blaise Pascal, Pensées, 1670.

Un petit livre sur les addictions, dans leur pluralité, avec et sans substances. Le premier livre que j’ai réussi à publier en 1997, aux Presses Universitaires du Midi (à l’époque « du Mirail »), à Toulouse, grâce au professeur Henri Sztulman. Presque 30 années plus tard, cet ouvrage garde encore toute sa fraîcheur scientifique. Il fut le précurseur de ma thèse en psychopathologie (Théorie générale de l’addiction) et du concept de gestion hédonique (La gestion hédonique). Il a été réédité en 2015 (Notre cerveau et le plaisir).

« Les pensées sont suscitées par l’insatisfaction, dukkha, le sentiment constamment répété que quelque chose manque, est incomplet dans nos vies. (…) À la longue, le seul fait d’être « moi » devient cause d’irritation. » Chögyam Trungpa, Pratique de la voie tibétaine, 1973.

Du coup, le regard sur les addictions pathologiques se transforme alors, quand s’éclairent mutuellement addictions de l’excès (toxicomanies, alcoolisme) et addictions communes (ou encore quotidiennes, culturelles, voire « naturelles »).

Selon ce nouveau modèle, qui implique de réfléchir dans le cadre d’une écologie de l’action, il n’y a plus de rupture, mais continuité entre addictions pathologiques et addictions communes, nos actions quotidiennes s’agençant alors en un véritable système d’actions chargé d’occulter le malaise fondamental inhérent au fonctionnement même de notre cerveau.

Notre cerveau est un drogué