12 films pour comprendre les addictions

Participer à ce projet collectif a été pour moi un honneur et un grand plaisir. Après tant d’années à travailler avec de jeunes handicapés mentaux, j’ai trouvé très stimulant et gratifiant de me replonger dans le thème des addictions. Merci à Lionel Souche de m’avoir contacté et merci aussi aux professeurs Benjamin Rolland et Hélène Donnadieu pour leur attention.

Nous ne vieillirons pas ensemble

J’ai fait le choix de ce film de Maurice Pialat comme illustration.

« Les dépendances interpersonnelles ne sont pas comme des addictions. Ce sont des addictions. (Stanton Peele, 1975) »

Les addictions interpersonnelles (amoureuses, à l’autre, au social) et sexuelles, font partie des addictions dites « sans substances » ou comportementales. Ce qui relie de telles addictions (comme l’addiction aux jeux d’argent, aux achats, au travail, à l’effort physique, à la recherche de sensations, aux jeux vidéo, aux réseaux sociaux, etc.) aux addictions psychotropes (drogues, alcool, tabac, médicaments psychotropes non prescrits, etc.) est la neurobiologie et son système cérébral de récompense.

Le film de Maurice Pialat nous place d’emblée dans la pathologie du couple ou plutôt du triangle infernal époux-épouse-maîtresse : Jean est toujours marié, ne vit pratiquement plus avec sa femme Françoise (ils font chambre à part) et ne se résout pas à divorcer. Catherine est la « maîtresse » de Jean, qui attend de sa part, depuis six ans, une proposition de mariage. Dans ce film, le phénomène le plus remarquable, est la répétition d’un cycle de séparation-retrouvaille. Pas moins de 12 fois, le couple Jean-Catherine va se séparer et se retrouver.

Addiction à l’amour (elle) au sexe (lui), ils exhibent tous les symptômes de ces troubles : le manque, la déception, la détresse, la haine et le rejet. Puis, ça recommence… Mépriser et rabaisser l’objet de dépendance et reprocher à l’autre ce que l’on ne veut pas voir de soi-même.

Comprendre les dimensions addictives de son attachement et mettre en perspective ce que pourrait être un amour plus distancié, dans l’autonomie, c’est ce qui permet parfois de dépasser cette relation toxique et de reprendre le cours de sa vie personnelle.

Un chapitre d’Éric Loonis